Alexis Villain : Ma rencontre avec un pays

, -, Actualité, 1 mars 2012

Le vieux mangeur de temps, disponible en librairie depuis le 1er mars, est un recueil des nouvelles parues dans no comment® de septembre 2010 à décembre 2011. Leur auteur, Alexis Villain, ancien rédacteur en chef du magazine, évoque leur genèse et l’étrange fascination qu’exerce Madagascar sur son imaginaire…

Comment sont nées ces nouvelles ?

De ma rencontre avec un pays que j’ai aimé. Quand on aime quelqu’un, on a envie de lui parler, de lui confier ce qu’on ressent à son égard. Et on a envie d’en parler aux autres. Dans ces nouvelles, il y a bien sûr ce que j’ai vu, ce que j’ai senti de Madagascar. Mais ce sont aussi des textes personnels, habités par mes angoisses, la mort, l’échec, l’injustice ; ou par mes joies aussi, la beauté, l’amour, la drôlerie. La rencontre avec Madagascar m’a fait envisager ces questions avec un regard différent, qui m’a donné envie d’écrire.

As-tu connu les personnages ou les situations que tu décris ?

Certaines nouvelles sont inspirées de faits ou de personnages réels, que j’ai rencontrés ou qui m’ont raconté leur histoire, d’autres sont entièrement inventées. Je n’ai jamais croisé de lémuriens qui parlent ! Mais j’ai connu une femme qui avait dû corrompre la justice pour libérer son fils innocent. À travers ces textes, j’essaie de dépeindre ce que j’ai ressenti des pratiques, des coutumes, des valeurs du peuple malgache. Mon regard est souvent poétique, il peut être dur aussi, ou un peu ironique et parfois même superficiel, mais il exprime toujours je crois mon très vif attachement pour la grande île.

Dans ces nouvelles, quelle est la part du journaliste et celle de l’écrivain ?

Être journaliste a constitué pour moi une formidable porte d’entrée dans le pays. J’ai fait de l’économie, un peu d’actu, quelques reportages, et j’ai rejoint la belle aventure de no comment®. Autant d’occasions de rencontres incroyablement variées, avec des femmes et des hommes de tous milieux et de tous métiers qui m’ont aidé peu à peu à découvrir Madagascar. Pour autant, le journalisme n’a rien à voir avec la fiction. Ce sont des démarches presque opposées, ne serait-ce qu’à cause du rapport à la vérité qu’elles impliquent. Le journaliste recherche une vérité objective. Il veut montrer aux gens comment les choses sont et partager avec eux une information, un savoir. Au contraire, la vérité qui intéresse l’écrivain est subjective : il veut montrer ce qu’il ressent, et inviter les lecteurs à le sentir avec lui.

Qu’apporte un regard extérieur sur Madagascar ? Penses-tu avoir tout dit ou t’es-tu retenu, voire censuré sur certains points ?

Je pense, j’espère du moins que mon regard d’étranger peut être enrichissant pour les lecteurs de Madagascar. Mais mon ambition n’a jamais été de tout dire. D’abord parce que pour cela il aurait fallu que j’aie tout vu et tout compris. Ensuite, et nous revenons à ce que je disais tout à l’heure, parce que mon projet n’était pas journalistique, mais littéraire. Par conséquent, parler de rétention ou de censure n’a guère de sens : j’ai raconté ce que j’avais envie de raconter, avec mes mots et ma façon de voir.

Des Non-Malgaches écrivant en français sur Madagascar peuvent-ils compenser le fait qu’il n’y a pas à proprement parler de littérature malgache d’expression française ?

D’abord, il y a des écrivains Malgaches francophones, et pas des moindres : par exemple, Jean-Joseph Rabearivelo, Charlotte Rafenomanjato ou Jean-Luc Raharimanana. Et il y en a bien d’autres. Ensuite, on n’écrit pas pour compenser quoi que ce soit dans le paysage des lettres d’un pays, ou même du monde. On écrit parce qu’on en a envie, ou besoin.

 

Propos recueillis par Alain Eid

Paru à Madagascar dans le magazine  no comment®.

À lire également à propos de Alexis Villain :

1 mars 2012 |

Alexis Villain – biographie

Alexis Villain est né en 1981 dans la Montagne noire. Après des études de lettres et un passage par Sciences po, il cherche sa voie entre l’édition, le journalisme et l’écriture littéraire.

1 mars 2012 |

Livre : Le vieux mangeur de temps

Le portrait poétique et sensible d’un Madagascar tour à tour somptueux, inquiétant et misérable, dressé avec toute la tendresse d’un auteur qui connaît et aime la Grande Île.